Renaud - passionné de spiruline et initiateur de l'aventure Spirulinéa, je suis aussi l'animateur principal de ce blog sur la spiruline - n'hésitez pas à échanger avec moi ou de me proposer de nouveaux sujets
Doutes sur une étude sur l'effet de la spiruline sur la prévention des dommages oxydatifs chez les sportifs
Dans la foulée des études sur sport et spiruline, une étude brésilienne de juillet 2010 nous rappelle qu'il ne faut pas trop vite s'emporter et que tous les résultats ne sont pas forcément tous positifs. Mais aussi incidemment qu'une étude mal conçue ne sert pas à grand chose !
"La spiruline de diminue pas les dommages musculaires ni le stress oxydatif chez les athlètes cyclistes avec un statut nutritionnel adéquat" – un titre-résumé rare dans une communauté scientifique habituellement soucieuse de se détacher d'avis trop tranchés. Il faut dire que les résultats semblent effectivement assez nets au premier coup d'oeil. Après 10 mois d'entraînement intensif, 18 cyclistes athlètes de bon niveau ont été supplémentés de 7,5 g de spiruline par jour et suivis pendant 4 semaines d'entraînement standardisé (au rythme de 490 km de parcours hebdomadaires). Le suivi de leur niveau d'antioxydants dans le sérum sanguin et d'enzymes musculaires indicateurs de dommages musculaires a pu déterminer qu'il n'y avait pas de changement statistiquement validé de ces paramètres avec la prise de spiruline.
Seulement méthodologiquement, pas besoin d'être un Einstein version médecine sportive pour y trouver des grosses limites.
La première, tristement habituelle dans les études utilisant de la spiruline, est l'absence de résultats d'analyse sur la spiruline utilisée.
Vraiment dommage quand on sait qu'une spiruline séchée par atomisation (~90% de la production mondiale) contient typiquement entre 10 et 20 fois moins de phycocyanine, l'antioxydant-phare de la spiruline, qu'une spiruline séchée dans le respect de ses nutriments. Il est par ailleurs établi que la spiruline est une source exceptionnelle de superoxyde dismutase - l'un des antioxydants suivis par cette étude -, ce qui pose la question de la possibilité d'un biais majeur dû à la qualité de la spiruline utilisée. C'est d'autant plus probable que le groupe consommateur de spiruline a un taux sanguin de vitamine A inférieur de 13% à celui du groupe sur placebo - alors qu'une spiruline bien séchée, c'est généralement admis, est la source alimentaire végétale la plus riche en provitamine A du monde !
La seconde raison, étonnante, est que l'échantillon utilisé est lui-même particulièrement critiquable. Petit (11 athlètes sous spiruline et 7 sous placebo), il est aussi statistiquement douteux.
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nombre de participants |
ratio de 11 pour 7 |
au-lieu d'un plus conventionnel 9 pour 9 |
âge moyen |
27,8 ans pour les athlètes sous spiruline, contre 34,3 pour les placebo |
des "placebo" 23,3% plus âgés tout de même |
masse graisseuse |
8,6% contre 12,1% |
des "placebo" 40,7% plus gras !! - il s'agit en fait de 8,6±1% et 12,1±2% respectivement... ce qui signifie que *la totalité* des membres du groupe placebo étaient plus gras que ceux du groupe spiruline ! |
| nombre d'années d'entraînement | 6,7 contre 5,6 | soit des "spiruline" 20% plus entraînés |
| rapport années d'entraînement / âge | 24% contre 16% | là c'est moi qui ait été sortir le chiffre et la démonstration est éclatante : les "spiruline" ont passé la moitié de leur vie en plus à s'entraîner |
Comme si cela ne suffisait pas, on peut noter que les athlètes ont été mis à la diète de compléments alimentaires et sportifs en tous genres... 1 semaine avant l'étude. À comparer avec le lessivage imposé par l'étude indienne *sur 1 année complète*. Sur cette étude là le doute n'était pas permis !
En définitive, je trouve les failles trop nombreuses pour que l'étude soit vraiment utilisable. Elle sème un peu le doute sur les résultats concernant l'exacte même question dans l'étude taïwanaise précédemment décortiquée. À vrai dire il s'agit d'un cousin de la spiruline servie sur le marché français ("Arthrospira maxima" au-lieu de la plus courante "Arthrospira platensis") et des différences ne sont pas non plus à exclure.
Les chercheurs eux-mêmes ne remettent pas en cause les acquis des études précédentes, mais considèrent que les bénéfices ont été rapportées chez des « athlètes aux conditions de nutrition ou d'entraînement inadéquates ». J'en rétiens malgré tout une phrase intéressante dans la conclusion des chercheurs : « Pour éviter des spéculations commerciales sur cette algue comme complément nutritionnel, il est préférable d'attendre plus d'études sur le sujet avant de recommander la supplémentation à la spiruline dans le cadre de la pratique sportive. »
J'ai traduit le résumé de l'article en français pour les non-anglophones :
"La spiruline de diminue pas les dommages musculaires ni le stress oxydatif chez les athlètes cyclistes avec un statut nutritionnel adéquat"
L'objectif de cette étude était d'évaluer l'effet de spiruline de la sous-espèce Spirulina maxima sur le stress oxydatif et le dommage musculaire chez des cyclistes athlètes soumis à un entraînement de haute intensité et volume. Dix-huit athlètes masculins ont été répartis au hasard entre un groupe expérimental (n=11) d'âge 27,8±3,5 et un placebo (n=7) d'âge 34,3±2,3 en double-aveugle. Ils ont suivi un protocole de supplémentation de spiruline (7,5 grammes par jour) ou de placebo pendant quatre semaines et ont maintenu leurs entraînements pendant cette période. Une anamnèse nutritionnelle et des tests sanguins ont été menés pour déterminer les niveaux antérieurs et postérieurs de créatine kinase (CK), de déshydrogénase lactique (LHD), de superoxyde dismutase (SOD) et de malondialdéhyde (MDA). Les groupes supplémentés et sous placebo ont encouru le même volume d'entraînement, et avaient un statut adéquat en termes de macronutriments et de vitamines antioxydantes avant l'étude. La supplémentation chez le groupe expérimental n'a pas causé d'alteration significative des niveaux de CK (158,4±16,3 à 140,0±16,6 U/l, p>0,05), de LDH (420±13,2 à 394,9±27,9 UI/l, p>0,05), de MDA (2,8±0,2 à 2,9±0.4 nmol/ml, p>0,05), ou encore d'augmentation du SOD (7,3±0,6 à 7,0±0,6 U/mg Hb, p>0,05). Nous en concluons que l'apport de spiruline n'interfère pas avec l'ordre de grandeur du dommage musculaire ni du statut antioxydant des athlètes cyclistes qui pratiquent un entraînement intensif.
Référence : "Spirulina does not decrease muscle damage nor oxidative stress in cycling athletes with adequate nutritional status" in "Biology of sport" 27:4:249-253 (2010), G.A.M. Franca, A.S. Silva, M.J.C. Costa, J.S. Moura Jr., T.K.S. Nóbrega, M.C.R. Gonçalves, l.S.R. Asciutti [http://biolsport.com/fulltxt.php?ICID=927489].
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